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Absentéisme : le BTP bon élève, les TPE moins

Selon la deuxième édition du Baromètre de l'absentéisme d'Alma Consulting Group, le BTP fait figure de bon élève comparé au secteur des Services, avec un taux d'absentéisme de 4,47%, contre 4,85% pour le taux national et 5,16% pour les Services. Pour autant, les absences sont plus nombreuses au sein des TPE que des PME.

Réalisée sur un échantillon de 2.600 salariés pour le BTP, tous corps de métiers et tailles d'entreprises confondus, l'étude de la société de conseil Alma Consulting Group, publiée début janvier 2010, révèle un résultat étonnant : alors que l'absentéisme a connu un bond en 2009 avec un taux national s'élevant à 4,85%, soit 17,8 jours d'absence en moyenne par salarié, le BTP fait figure de bon élève avec un taux de 4,47 %. En particulier, malgré des conditions de travail plus pénibles, le secteur du bâtiment enregistre un taux d'absentéisme inférieur à celui du secteur des services.

Le BTP, un secteur plus "mature" que d'autres

"Je peux fournir à ce phénomène des explications tangibles ainsi que des hypothèses", avance Yannick Jarlaud, directeur du service absentéisme d'Alma Consulting Group. "D'abord, il faut savoir qu'en matière de ressources humaines et sociales, le secteur du BTP a engagé, ces dernières années, d'importantes actions", dit-il. Il cite notamment la montée en compétence des équipes d'encadrement, liées aux formations qui sont légion dans le BTP. Outre les formations en matière de management, "un compagnon peut devenir, s'il le souhaite, conducteur de travaux ou chef de chantier", souligne Yannick Jarlaud. Et de préciser que le BTP mène, par ailleurs, nombre d'actions en matière de sécurité.

Bref, "il y a vraiment un écart de maturité entre des secteurs tels l'Industrie et le BTP et un secteur tel celui des Services", résume Yannick Jarlaud. Ce dernier observe que ce sont justement les secteurs où la pénibilité est accrue qui ont mis en œuvre de véritables politiques de ressources humaines (RH) et autres démarches en faveur du bien-être des collaborateurs. "Ces actions portent leurs fruits", dit-il. A l'inverse, de telles préoccupations étant plus rare dans le domaine des Services, "il est aujourd'hui possible d'y constater l'impact de cette carence".

Outre ces explications mises en exergue par l'enquête d'Alma Consulting Group, Yannick Jarlaud émet des hypothèses. Notamment, "l'attachement des compagnons à leur entreprise explique en partie le faible taux d'absentéisme", dit-il. Malgré l'arrivée sur le marché du travail d'une nouvelle génération "moins fidèle" que la précédente, "je pense que les salariés du BTP forment une population très attachée à son entreprise", répète-t-il.

Un taux d'absentéisme plus élevé dans les TPE

L'étude réalisée par Alma Consulting Group permet de constater que l'absentéisme est plus élevé dans les TPE et dans les entreprises de plus de 1.000 salariés qu'au sein des PME de 300 salariés. Comment expliquer ce phénomène en U, qui touche le BTP comme les autres secteurs de l'économie ?

"Les TPE n'ont pas de moyens et de démarches ‘ressources humaines' suffisamment matures pour mettre en place le type d'actions que j'ai évoquées", explique Yannick Jarlaud. D'où un taux d'absentéisme plus important au sein des entreprise comptant moins de 250 collaborateurs. En revanche, dans les moyennes à grandes entreprises, "il y a d'une part des services consacrés aux ressources humaines mais, aussi, ces entreprises sont à taille humaine", poursuit l'expert. Ce qui explique un taux d'absentéisme moins important au sein des PME. Enfin, "dans les très grosses entreprises de plus de 1.000 collaborateurs, l'empilement des couches hiérarchiques fait que l'information circule mal et rend le déploiement d'actions plus difficile", précise Yannick Jarlaud.

Selon l'expert, il existe des exceptions à ce phénomène. "Par exemple, au sein d'entreprises très structurées, il y a de vraies politiques sociales et managériales. D'ailleurs, ces entreprises sont souvent configurées en filiales et en agences et on se retrouve finalement davantage dans une configuration ‘PME' que ‘gros groupe'", souligne-t-il.

Des actions ‘long-termistes' pour lutter efficacement contre l'absentéisme

 Absentéisme

 

Yannick Jarlaud rappelle que "90% des absences ont pour motif la maladie, au sens commun du terme. Les 10% restants concernent les maladies professionnelles et les accidents du travail". Pour lutter contre les unes et les autres, il existe tout d'abords des solutions "court-termistes". "Ce sont les primes, les sanctions ou la contre-visite médicale", explique Yannick Jarlaud.

Selon ce dernier, les entreprises avec moins de maturité commencent par appliquer ces solutions court-termistes. Précisément, 79% des répondants à l'enquête ont précisé avoir mis œuvre des contre visites médicales. "Pourtant, 71% d'entre eux disent aussi que ce n'est pas efficace, que le taux d'absentéisme ne diminue pas avec ce type de mesure!", souligne Yannick Jarlaud.

"Aujourd'hui, les DRH privilégient donc les actions ‘long-termistes', qui vont agir sur l'absentéisme à la racine", poursuit-il. Les actions long-termistes concernent toutes les actions tournant autour de la prévention telles l'amélioration et l'aménagement des conditions de travail, les actions sur la polyvalence et la montée des compétences, la formation des managers.

"Alma Consulting Group aide les DRH à mettre en place ce type d'actions long-termistes", rappelle Yannick Jarlaud. "En fait, nous commençons par mesurer l'absentéisme puis nous menons des entretiens qualitatifs. Le vrai défi est de trouver la ‘cause-racine'. Nous n'appliquons aucune recette car il n'y a jamais deux fois la même forme d'absentéisme. Ensuite nous mettons en place des actions ‘long-termistes' et des indicateurs pour évaluer l'efficacité de ces actions. Si le résultat est probant, l'entreprise nous rémunère, si non elle ne le fait pas", précise-t-il.

L'expert souligne que le plus difficile à comprendre pour les entreprises est "qu'on a l'absentéisme qu'on mérite".

 

Emmanuelle Borne

 

Lire l'article "L'absentéisme s'est fortement accru malgré le contexte de crise"