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Rêves de pierre

Rêves de pierre Si la société Bernard Bruno basée à Meursault (21) porte un nom d'homme, c'est parce que Béatrice Brégère, 44 ans, n'a pas voulu la débaptiser au moment de son rachat, en 2000. Petite-fille d'entrepreneur dans la maçonnerie, elle a d'abord travaillé dans le secteur médical pendant 15 ans avant de se reconvertir. Tout est parti d'un fait a priori anodin : "Alors que je discutais avec le maçon qui faisait des travaux dans ma maison, il m'a dit qu'il ne souhaitait pas se mettre à son compte à cause des tracasseries administratives et de la gestion humaine.Moi, après avoir terminé ma formation en gestion des entreprises, je me demandais encore vers quel secteur me tourner. L'idée a commencé à mûrir tout doucement." Après des tentatives infructueuses, elle finit, à force de détermination, par convaincre Bernard Bruno, proche de l'âge de la retraite, de lui céder son entreprise. Le succès a été vite au rendez-vous grâce à un audacieux changement d'orientation dans le domaine de la rénovation du patrimoine ancien. L'entreprise a alors vu doubler son chiffre d'affaires et ses effectifs passer de 6 à 12 salariés. Rêves de pierre

A l'écoute de ses salariés et de ses clients

Une fois arrivée aux commandes, elle a tout de suite compris l’importance d’avoir une bonne formation : “Quand on est une  femme travaillant dans un secteur masculin, il faut une crédibilité en béton ! Au départ, pendant les réunions de chantier, les représentants des autres corps de métiers ne rataient jamais une occasion de me mettre en défaut sur les questions techniques.” Mais être une femme n’a pas que des inconvénients, Béatrice Brégère reconnaît volontiers que ça facilite souvent les choses dans ses rapports avec ses salariés : “Une femme, estime-t-elle, est plus à l'écoute.
S'ils ont un souci, ils savent que ma porte leur est toujours ouverte.” Les clients apprécient aussi son regard neuf, sa franchise et son respect des engagements.

"Les femmes ont de l'avenir dans le BTP"

Participant à un groupe de travail sur l’insertion des femmes dans le bâtiment, Béatrice Brégère prédit que l’heure des femmes est proche : “Elles ont de l’avenir dans le bâtiment, surtout dans les postes d’encadrement.Il faut arrêter de se limiter à une poignée d'idées reçues qui ont malheureusement la vie dure ! Au nom de quoi ne pourraient-elles pas travailler dans ce secteur ?, s’insurget-elle. D’autant plus que j’ai pu observer qu’elles étaient meilleures au niveau des finitions, qu’elles possèdent une finesse et une régularité qu’on ne retrouve pas forcément chez un homme.”

La détermination de Claudine Tisseur, tailleur de pierre

Autant de qualités qu’on retrouve justement chez une salariée de Béatrice Brégère : Claudine Tisseur, une jeune femme de 35 ans, qui travaille pour l’entreprise Bernard Bruno Constructions depuis maintenant 2 ans. C’est après la naissance de son petit garçon, il y a 4 ans, qu’elle décide de donner une nouvelle orientation à sa vie professionnelle en s’inscrivant dans un CAP de taille de pierre. Soutenue dans son choix par son mari, elle n’a jamais douté de ses chances de réussite : “Quand j’ai décidé quelque chose, je vais jusqu’au bout.
De toute façon, ce n’est pas la peine de se lancer dans ce secteur si vous êtes dans tous vos états à la moindre remarque désobligeante.” Au départ, certains de ses collègues ont eu des réactions contrastées en la voyant arriver sur les chantiers.

Mais à force de la voir à l’oeuvre, Claudine a fini par gagner leur respect.
Les clés de sa réussite ? “L’envie permanente de m’améliorer, l’amour du travail bien fait et puis je suis très attentive à ce que l’on me demande.
C’est pour ces raisons que j’ai été choisie avec un collègue par le client lui même pour jointoyer sa maison.”

"Ils font les fiers-à-bras mais"

Deux ombres au tableau subsistent malgré tout. Premièrement, les hommes sont “très jaloux de leur savoir-faire et ils ont du mal à le partager”. Deuxièmement, il leur arrive de se moquer d’elle, car, sur les chantiers, elle est souvent la seule à porter ses protections réglementaires (casque, harnais, masque, gants, etc.).“Ils font les fiers-à-bras mais, moi, je n’ai aucune envie d’être aussi abîmée qu’eux quand j’aurai leur âge.”
Alors, les femmes ont-elles leur place sur un chantier ? Difficile de répondre à cette question. En tout cas, une chose est sûre, comme le remarque Armand, un de ses collègues : “Grâce à l’apport de nouveaux outils, le métier a changé. On travaille beaucoup plus avec sa tête qu’avec ses muscles.Alors, finalement, le travail
bien fait est de moins en moins une question de sexe !”


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