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Le bâtiment dans le sang

Accent du Sud-Ouest, barbe blanche de patriarche et oeil vif, Philippe Bazzoli dirige une entreprise artisanale de restauration traditionnelle, plâtrerie et carrelage à Castillonnès (47). L'entreprise familiale, créée en 1952, est bientôt à reprendre. Il témoigne avec sa fille, Caroline.

Accent du Sud-Ouest, barbe blanche de patriarche et oeil vif, Philippe Bazzoli dirige une entreprise artisanale de restauration traditionnelle, plâtrerie et carrelage à Castillonnès (47). L'entreprise familiale, créée en 1952, est bientôt à reprendre. Il témoigne avec sa fille, Caroline.  

Comment est née l'idée d'une reprise entre vous ?

Philippe Bazzoli Philippe :
J'ai une cinquantaine d'années, comme 40 % des artisans. En discutant avec des confrères, je me suis rendu compte que beaucoup avaient cédé malencontreusement leur affaire. Du coup, j'ai préféré laisser les choses venir. C'était avant que ma fille cadette nous annonce son envie de rependre le flambeau. Brigitte et moi, nous n'avions pas imaginé cette éventualité, préférant la pousser à aller aussi loin que possible dans les études pour qu'elle ait un bon bagage.

Caroline : Dès l'âge de 10-11 ans, je leur ai dit que je voulais travailler avec papa. J'adorais monter dans son camion pour aller sur les chantiers. Mais il ne voulait pas que je vive sa vie de chef d'entreprise. Un peu vexée, je décide de devenir kiné sportif. J'aime l'esprit d'équipe, le résultat concret d'un effort fourni. Je me suis lancée dans la médecine...

Philippe : ... Alors, tu t'es éteinte et tu as craqué. "Qu'est-ce que tu voudrais faire pour te réaliser ? Poursuivre l'entreprise de papy Victor." Nous l'avons alors beaucoup questionnée pour s'assurer que son choix était bien réfléchi. Caroline a su nous expliquer, du fond du coeur, ses motivations.


Que s'est-il alors passé ?

Caroline BazzoliCaroline : Fini médecine ! J'aurais pu atterrir directement dans l'entreprise familiale. Mais pour papa, il en était hors de question sans formation. Continuer un cursus scolaire me convenait tout à fait. J'ai donc entamé un stage de découverte des métiers du bâtiment mis en place par la faculté de Pau et des pays de l'Adour et de la chambre des métiers d'Agen.

Philippe : Un excellent moyen de savoir si elle ne s'est pas trompée et de définir son futur poste. Grâce à des stages pratiques, elle découvre ce qu'est un cabinet de géo-logues, d'architectes, ou encore un bureau d'études spécialisé en béton armé.


Votre avenir s'est alors éclairci...

Caroline :
Ma première idée, parce que je n'avais pas encore une vision assez fine du métier : entrer dans une école d'architecture. Ma rencontre avec Nadia, architecte qui a repris l'entreprise de son père, occasionne le déclic. Pour pouvoir pleinement devenir chef d'entreprise, elle me conseille de suivre une voie plus technique. Actuellement en stage de conductrice de travaux, je me rends compte que c'est exactement ça que je recherchais !

Philippe :Voilà donc notre Caroline en IUT de génie civil. Des études polyvalentes, du "costaud", je peux vous le dire ! Décidément, les femmes ont la "sanguette" comme on dit chez nous : ce sont des battantes !

 

Comment envisagez-vous le futur ?

Philippe : Caroline doit se former un maximum hors de chez nous, pour voir autre chose et s'ouvrir l'esprit. Le terrain, il n'y a que ça de vrai. D'ailleurs, elle a la ferme intention de passer son CAP pour être techniquement à l'aise.

Caroline : Si je suis acceptée, je poursuivrai les études en licence professionnelle "Conduite de travaux en maison individuelle". Ensuite je pourrais être embauchée comme chef d'équipe dans l'affaire familiale, le temps que notre conducteur de travaux me transmette son savoir-faire avant sa retraite, le temps de monter en responsabilités. J'ai beau être une femme, ce n'est pas une raison pour que la reprise de l'entreprise familiale ne marche pas ! Je n'appréhende ni le caractère, ni le mode de fonctionnement de mon père. Pourtant, ils sont tous deux redoutables. On fonctionne déjà bien en tandem dans le club de basket, lui comme président et moi comme entraîneur, alors pas de souci !

Philippe :
J'ai envie de la guider sans la freiner. Elle se fera la main, je l'accompagnerai. Sur les chantiers, je suis seul à prendre les décisions... et je commence à fatiguer ! Il nous faudra aussi confronter nos méthodes de travail, sachant que ma chère fille manie mieux que moi les nouvelles technologies. Je n'exclus pas qu'elle suive une autre formation de 2 ans, "le second du patron", initiée par le conseil régional et la chambre de métiers du Lot-et-Garonne.

Caroline : Quant aux modalités de la reprise, rien n'est arrêté à ce jour, mais nous ferons certainement appel à un conseiller financier. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, ce ne sont pas les perspectives qui nous manquent !

Propos recueillis par G. N.

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