
Créé fin 2004, le label Egalité est présenté comme un outil ‘simple et rigoureux' de valorisation, d'évaluation et d'émulation d'actions menées par des entreprises en faveur de l'égalité homme - femme au travail. Etat des lieux avec Lainé Delau, qui compte 320 employés, la toute première entreprise du bâtiment ayant reçu la labellisation.
Créé par le Ministère du Travail, des Relations Sociales, de la Famille et de la Solidarité et supervisé par l'organisme certificateur Afnor, le label ‘Egalité homme - femme' peut être décerné "à toute entreprise, association ou administration, quelle que soit sa taille ou son activité"*. Il concerne ainsi toutes les entreprises françaises, ce qui appelle à penser que, pour le moins, les labellisés sont légion. Il n'en est rien : depuis sa création, ce label n'a été remis qu'à quarante-six sociétés et seules deux entreprises du BTP en sont titulaires : Lainé Delau, filiale de Vinci Construction France, dont le métier est de valoriser, restaurer et moderniser le patrimoine tant public que privé, l'obtient en 2006 et Quille, entreprise de conception et de construction, est labellisée en 2008 (lire à ce sujet notre article 'Quille, première grande entreprise du BTP à obtenir le Label Egalité Homme-Femme'). A quoi est due cette faible certification ? Le label Egalité est-il réellement utile et, avant tout, est-il accessible ?
Une procédure de certification classique, soit plus ou moins contraignante
Téléchargeable sur Internet, le dossier de candidature du label comprend un questionnaire et une lettre d'engagement. Dès réception de ces pièces, l'Afnor dispose d'un délai de six mois pour procéder à l'instruction du dossier. L'organisme soumet ensuite un rapport à la commission de labellisation qui doit rendre un avis à la majorité, au vu duquel l'Afnor prend la décision d'accorder ou de refuser la labellisation.
Le label Egalité est semblable à nombre de procédures de certification. "Nous avons la chance d'avoir quelqu'un chez nous qui s'occupe de la qualité", souligne Chrystèle Nicolas, responsable du développement des ressources humaines chez Lainé Delau. "Le principe étant le même que pour d'autres dossiers ISO, la démarche n'a pas été si contraignante pour nous. Il suffit de répondre à une série de questions", dit-elle. En fait, la démarche se révèle contraignante essentiellement pour les entreprises qui n'en n'ont pas l'habitude, telles les petites structures. Une version simplifiée du dossier de candidature a donc été élaborée en 2006 à l'intention des entreprises de moins de cinquante salariés, comme le précise le document de présentation du label.
Une attribution conditionnée par nombre de critères
Chrystèle Nicolas précise que le dossier de candidature est composé "de critères optionnels mais, aussi, de critères obligatoires". Notamment, le cahier des charges du label met l'accent sur l'existence préalable d'accords d'entreprise dans le domaine de l'égalité professionnelle. Avant même de soumettre leur candidature, Lainé Delau et Quille avaient effectivement signé de tels accords. Plus précisément, la première s'est engagée auprès de ses partenaires sociaux "afin d'aménager les horaires de travail, en évitant que les réunions soient trop matinales ou trop tardives", selon Chrystèle Nicolas.
L'engagement en faveur de la parentalité est l'un des critères conditionnant l'accès au label. Pour l'une et l'autre des deux entreprises du bâtiment, ce thème est intimement lié à l'égalité salariale, autre critère obligatoire. "Nous faisons en sorte que la maternité ne soit pas un frein à l'évolution et qu'à postes et compétences égales, il n'y ait pas de disparités de salaires entre les hommes et les femmes", souligne la collaboratrice de Lainé Delau. N'excluant pas que ces écarts adviennent, Chrystèle Nicolas précise que l'entreprise s'attache alors toujours "à rectifier le tir".
Le label Egalité : simple faire-valoir?
Selon la plaquette de présentation de l'Afaq-Afnor, le label Egalité valorise "les entreprises qui se sont engagées résolument sur la voie de l'égalité professionnelle". Est-il, à ce titre, assimilable à un faire-valoir ? Certes, c'est un outil de communication efficace. A ce titre, Chrystèle Nicolas souligne que le label "retient l'attention des clients et des partenaires de Lainé Delau et les demandeurs d'emploi l'évoquent souvent". Selon Cristina Lunghi, fondatrice de l'association Arborus, le label Egalité permet "de donner un coup de projecteur sur des entreprises exemplaires"**. Cette notoriété peut être nécessaire, voire profitable, dans un secteur tel celui du bâtiment, où la féminisation est plus lente et les préjugés plus tenaces qu'ailleurs (lire à ce sujet notre article ‘Féminisation des BTP, le bâtiment leur va-t-il si bien ?').
La candidature d'une entreprise au label Egalité est, par ailleurs, le résultat d'une démarche volontaire. Pour Lainé Delau, c'était "une évidence", selon l'expression de Chrystèle Nicolas, laquelle précise : "Notre Président, Gaston Coppin, est convaincu que les femmes ont leur place dans le bâtiment et que la mixité est avantageuse". Autrement dit, la (bonne) volonté d'un postulant en la matière est la condition sine qua non à la labellisation. De fait, le label n'interpellera pas les entreprises n'étant pas engagées sur la voie de l'égalité professionnelle. Nombre d'observateurs en déduisent qu'il en devient superflu.
Au contraire, Cristina Lunghi définit la démarche volontaire comme l'une des qualités du label Egalité. "La direction générale s'engage et prend elle-même la responsabilité de faire évoluer la culture d'entreprise et les modes de management. Cela a beaucoup plus d'impact qu'une loi appliquée en traînant les pieds ! Si l'entreprise suit les 18 critères du label, elle ne peut pas passer à côté de l'égalité professionnelle : elle saura l'expliquer et la concrétiser" affirme-elle. Il s'agit là de distinguer procédure de certification et obligations conférées par la loi : le label Egalité ne se substitue pas à l'arsenal juridique composé, en la matière, par la loi de 1983 sur l'égalité professionnelle, adjointe en 2006 par la loi sur l'égalité salariale, mais il vient le compléter.
Un label favorisant la mixité davantage que la parité
Parmi les actions menées par Lainé Delau, Chrystèle Nicolas cite "une démarche forte concernant l'allègement du port de charge et le matériel utilisé, en direction des hommes comme des femmes". En effet, "la labellisation ne se limite pas à des critères quantitatifs", note-t-elle : l'Afnor prend essentiellement en considération "une politique visant à atteindre une plus grande mixité professionnelle", comme le souligne le document de présentation du label. En clair, l'attribution du label Egalité à une entreprise est davantage question de mixité que de répartition égale de ses effectifs féminins et masculins, soit de parité.
Doit-on regretter l'absence d'objectifs chiffrés parmi les critères obligatoires du label ? Au 28 février 2009, Lainé Delau comptait trente-huit femmes parmi ses 320 salariés, dont dix-sept femmes sur le chantier, de la chef de service à la compagnonne. "Nous comptons deux compagnonnes : une femme chargée du traçage et une autre occupant le poste de grutière" précise Chrystèle Nicolas. "Il est difficile de recruter des femmes aux postes de compagnons car nous sommes spécialisés dans le gros oeuvre, domaine moins attractif que les corps d'états secondaires" souligne-t-elle. Et de poursuivre : "Les effectifs d'une entreprise du BTP ne peuvent atteindre 50% de femmes puisque les candidatures féminines reçues sont moins importantes. L'idée du label est de progresser en matière d'égalité professionnelle et, surtout, de veiller à l'équité de traitement des femmes et des hommes en matière de recrutement, de rémunération, de promotion, etc.".
L'avantage donné aux critères qualitatifs a donc permis à des entreprises telles Lainé Delau et Quille, dont les efforts en faveur de l'égalité professionnelle sont réels, de prétendre au label Egalité.
Un outil d'évaluation encourageant la féminisation
"En fin de compte, le label Egalité est un tableau de bord permettant de faire un état des lieux, de ne pas passer à côté de certaines choses", analyse Chrystèle Nicolas au regard de l'utilité du label. Cet outil de diagnostic est, selon elle, "nécessaire". Propos confirmé par le responsable des ressources humaines de Quille, Pierre Ouvry, lequel met l'accent sur le rapport de situation comparé, un document mis à disposition des entreprises labellisées permettant, entre autres, d'évaluer la féminisation de leur salariat (lire à ce sujet notre article ‘Egalité professionnelle : Quille y travaille dur'). Cette auto-évaluation peut, de fait, paraître insuffisante. Il faut savoir qu'une fois labellisées, les entreprises sont soumises à un contrôle de respect des critères du label dix-huit mois après son attribution. De plus, le label Egalité n'est valable que trois ans et impose aux acteurs souhaitant le reconduire de soumettre une nouvelle candidature. Lainé Delau figurait d'ailleurs à nouveau parmi les entreprises labellisées le 15 avril dernier et l'entreprise prépare actuellement son dossier de renouvellement.
A priori souple en matière de parité, le label Egalité appelle néanmoins, en tant qu'outil de diagnostic et de contrôle, des efforts continus de la part des labellisés en matière de féminisation de leurs effectifs. "On ne va pas prendre des femmes simplement pour répondre à des quotas mais le fait d'avoir une femme compagnon a compté et nous avons bien sûr pour objectif d'en accueillir davantage", souligne Chrystèle Nicolas. Les effectifs féminins de Lainé Delau ont effectivement évolué de 10,7% en 2007 à 12% en 2008.
Le label égalité, émulateur de projets en faveur de l'égalité... en général
Outil d'évaluation, le label Egalité sert également à concrétiser des projets. "Nous avons organisé, autour du label, un groupe de travail composé de quinze volontaires comprenant toutes les catégories professionnelles et constitué à part égal d'hommes et de femmes. L'objectif de ces réunions est de mener des actions concrètes pour favoriser l'égalité de traitement", explique la responsable développement des ressources humaines de Lainé Delau. Exemple : "L'un des sujets qui va être abordé est l'installation, sur les chantiers, de cantonnements dédiés aux femmes. De tels équipements ne sont pas toujours disponibles. L'idée est de bien gérer les calendriers pour les monter à temps". Autre idée que Lainé Delau souhaite mettre en oeuvre dans le cadre de ces réunions : l'élaboration et la diffusion de documents d'information à destination des travailleurs ne parlant pas bien français. A objectifs concrets, objectifs mesurés : "Nous espérons mettre en oeuvre au moins l'un de ces projets dans l'année qui suit".
Il ressort de ce dernier projet qu'au-delà de mesures en faveur de l'égalité homme - femme, le label semble motiver des initiatives soutenant l'égalité... en général. A ce titre, Quille prévoit de postuler au jeune label 'Diversité' lancé en 2008 à destination des entreprises se mobilisant pour d'égalité des chances au travail.
Emmanuelle Borne
* Source : www.travail-solidarite.gouv.fr
** Source : L'Express.fr, 24 mars 2005





