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Changer de cap

Changer de cap

Avec 1 million de femmes demandeuses d'emploi, 8 000 postes à pourvoir par an et un secteur qui affiche une croissance de 3,5 % : pas étonnant que le bâtiment attire des femmes en reconversion et que cette branche cherche à intégrer ce nouveau vivier de compétences.

Grâce à l'évolution des techniques et des qualifications, les métiers du bâtiment sont devenus désormais plus accessibles aux femmes. Parallèlement, le taux de chômage féminin demeure élevé et les entreprises doivent faire face à des problèmes de main-d'oeuvre croissants, notamment en raison du papy-boom.

Aussi, certaines femmes osent le bâtiment, motivées par un secteur qui recrute, une autonomie dans le travail et le plaisir de créer quelque chose de leurs propres mains. Pourtant, si ce mouvement de féminisation des métiers manuels est amorcé, les mentalités, elles, peinent à évoluer.

Une opportunité gagnant-gagnant

Pour répondre à cette équation vertueuse, les parcours de reconversion se sont enrichis : stage de découverte des différents métiers, formationen alternance ou non (en contrat de professionnalisation par exemple), accompagnement comme le marrainage, action d'intérim pour la mixité des chantiers. Les initiatives impulsées par les fédérations d'employeurs ne manquent pas non plus : utilisation de groupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification, signature de protocoles entre les acteurs de l'emploi, mise en relation des demandeuses d'emploi et des entreprises... Regardons donc de plus près un des dispositifs créés en Indre-et-Loire.

 

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Construire au féminin, une démarche fédératrice

La fédération française du bâtiment d'Indre-et-Loire souhaite créer un mécanisme, à long terme, qui favorise la mixité des métiers du bâtiment. En 2004, les partenaires locaux se rassemblent autour d'un protocole d'accord pour mettre en oeuvre, selon leurs compétences respectives, des actions de sensibilisation, de formation et d'intégration.Les personnes ciblées sont les demandeuses d'emploi d'Amboise et de Chinon.

"Il est indispensable d'accompagner les femmes dans leur reconversion vers ces métiers de production, explique Philippe Douard, coordonnateur du projet. Dans un premier temps, je vérifie et valide la faisabilité de leur projet. Nous les aidons à construire leur parcours d'emploi ou de formation, à se poser les bonnes questions. Il ne suffit pas de voir dans le bâtiment une occasion de travailler : leur motivation doit être réelle et durable. Ensuite, je mets en relation les demandeuses d'emploi et les entreprises. Après une période d'essai souvent concluante, ce sont les entrepreneurs qui demandent comment poursuivre. Il ne reste plus qu'à les épauler dans la suite des démarches et le tour est joué !"

"Précarité, famille monoparentale à charge, bas salaires et faible retraite sont autant de maux socio-économiques qui touchent la population féminine, précise Nadine Lorin, déléguée départementale aux Droits des femmes et à l'Égalité. Il fallait sortir des fausses représentations des professions traditionnellement masculines pour élargir les choix professionnels des femmes qui se dirigent majoritairement vers des emplois tertiaires, peu qualifiés, aux horaires morcelés. Avec le bâtiment, nous leur proposons des métiers dans un secteur d'embauche, avec une qualité de contrat de travail et des horaires normaux."

Ainsi, dans le cadre de la promotion de métiers ou nauprès du public féminin, cette opération a permis de mettre en avant d'autres métiers que ceux liés au gros oeuvre ou à la peinture."De plus, commente Jean-Luc Galliot, de l'Afpa Centre,dans un souci d'exemplarité, nous avons recruté 2 formatrices en carrelage et techniques de chauffage.

Grâce à la mobilisation de tous les partenaires, 60 femmes contre 25 en 2004, ont entamé des formations. Une assistante sociale en reconversion a même pris la tête d'une entreprise de maçonnerie !" En 2005, 148 femmes sont entrées dans le dispositif et 38 ont été embauchées. En 2006, on dénombre 41 apprenties et 212 ouvrières dans le département.

 

changer le cap 

Convaincre les femmes, leurs proches et les entreprises

Si cette opération, comme bien d'autres, porte ses fruits, certaines conditions restent déterminantes dans la féminisation du bâtiment. Les femmes doivent en effet être conscientes des difficultés qui les attendent (mobilité, cadence, travail en milieu masculin). Leur motivation et la faisabilité de leur projet, en termes professionnels et familiaux, feront la différence.

Il faut également déjouer les préjugés des formateurs, des équipes, des conjointes-collaboratrices et des entrepreneurs. Location ou subvention pour des vestiaires et des sanitaires appropriés, astuces et travail d'équipe pour pallier la force physique, programmation des congés maternité... Il n'y a rien qui ne puisse être résolu !

"J'avais besoin de personnel, renchérit Jean-Marie, chef d'une entreprise de peinture.La société d'intérim m'a proposé une femme. Je n'avais rien contre. Après avoir travaillé ensemble, cela s'est tellement bien passé, elle s'est tellement bien intégrée que je l'ai embauchée... et aujourd'hui, elle est mariée avec un gars de mon équipe ! Depuis je n'hésite pas à employer des ouvrières et des apprenties sur des chantiers en intérieur, car elles savent faire preuve d'une grande précision dans le travail."

Métier d'homme, métier de femme : quelle est la pertinence de cette distinction quand la motivation et les compétences sont au rendez-vous et que le travail est bien fait !

 

Guersendre Nagy

Témoignages

Caty : un nouveau défi

Caty, son dada ? Devenir directrice d'exploitation équine.Elle passe tous les diplômes nécessaires et parvient au but.Finalement, après 2 ans d'activité, elle est licenciée. Inscrite à l'ANPE, elle a la ferme intention de retrouver un emploi où elle puisse se réaliser. "C'est le défi qui m'a plu : être la première femme dans une entreprise de pose de revêtement, apprendre sur les chantiers, avoir la possibilité d'être autonome et de gérer des équipes.Or le métier que l'on me proposait dans le bâtiment répondait à mes exigences professionnelles," raconte Caty.

Applicatrice de résine, elle a tout appris sur le terrain avec le soutien de ses collègues et des stages de fabricants.Équipée d'un masque à double ventilation et de gants de protection, elle étale les granulats, les jambes recouvertes d'un film plastique. "C'est une course contre la montre, lorsque je manie rouleaux et raclettes pour appliquer cette matière qui prend vie sous mes yeux."

Déplacements et équipements vestimentaires sont contraignants, mais Caty le sait, un jour elle accédera à un autre poste dans cette profession.Mais, lorsque son employeur lui propose de devenir conductrice de travaux, elle parle maternité. Elle préfère alors revenir, pour un temps, à ses premières amours professionnelles.

Peggy : transformer l'essai

"Du chiffre, du chiffre, toujours et encore du chiffre, mais on ne voyait pas concrètement à quoi servait notre travail." Peggy, comptable, n'y trouve plus son compte. "Je voulais me reconvertir dans un métier manuel. Par l'intermédiaire de l'ANPE, j'ai
découvert la menuiserie, la charpente et la couverture. L'odeur et la malléabilité du bois, les possibilités d'évolution et le sentiment d'être utile m'ont décidé. En raison de mon âge - 28 ans - mon CAP charpente a duré 8 mois au lieu des 2 ans normalement requis. Au premier stage, j'ai davantage observé que je n'ai pratiqué.

C'était un bon moyen d'appréhender l'univers dans lequel j'allais être amenée à évoluer. Au second stage, c'était le baptême du feu. Non seulement on m'a testée psychologiquement ,mais aussi professionnellement, puisque je me suis vu confier la taille complète d'une charpente.

"D'un caractère bien trempé, la jeune femme passe l'épreuve avec succès mais décide néanmoins de s'orienter vers le métier de métreur, car la charpente reste un métier très physique.Quoi qu'il en soit, sa famille trouve que le bâtiment lui réussit et qu'elle n'a jamais été aussi épanouie !

Nathalie : aller plus loin

"Avec un niveau bac +5, j'ai d'abord opté pour la mobilité professionnelle. Mes emplois ont fluctué au gré du marché et des mutations de mon mari. Mais voilà, ce mode de vie devient moins évident quand on atteint la quarantaine. Alors, sans idée préconçue, j'ai cherché un métier riche en débouchés. Le déclic s'est produit lors de l'épreuve de carrelage aux Olympiades des Métiers. Je me suis lancée dans la filière sans brûler les étapes : l'évaluation en entreprise pour voir si ce métier me correspondait, l'obtention d'un crédit-formation puis 9 mois d'apprentissage m'ont permis de décrocher mon diplôme.

Ensuite, il a fallu se confronter à la réalité des chantiers. Si les gars m'ont d'abord regardée avec circonspection,
une fois le camion déchargé avec eux, j'étais des leurs ! Il n'y a pas de stress dans ce métier où alternent travail en équipe et réalisation autonome. Et puis, être heureuse au travail c'est possible d'autant que la promotion sociale n'est pas un vain mot dans le bâtiment. D'ailleurs, une fois que j'aurai fait mes armes sur le terrain, j'envisage de reprendre une entreprise.

Au final, ce n'est pas parce que l'on s'est reconvertie qu'il faut faire un trait sur le passé, au contraire. J'utilise aujourd'hui tout ce que j'ai acquis au cours de ma vie professionnelle, apportant ainsi à mon métier une autre approche très appréciée des clients." Nathalie, carreleuse.

 Mathilde : une passion contrariée

Depuis l'âge de 12 ans, Mathilde sait ce qu'elle veut faire : un métier manuel. Une visite de Pont-à-Mousson lui révèle sa voie : le métal. Mais, comment faire accepter ce choix à ses proches quand tous vos frères et soeurs sont médecins ?

Pourquoi serait-il contradictoire de vouloir être métallière quand on a un bac en poche ? Elle poursuit donc un cursus scolaire général jusqu'en maîtrise. Si elle se forme à la soudure, au fraisage et à la mécanique dès qu'elle en a l'occasion,
aucune passerelle professionnelle n'existe. Alors qu'elle vient de décrocher sa licence apparaissent des reconversions en chaudronnerie industrielle : bingo ! Elle enchaîne sur un contrat de professionnalisation en métallerie.

Sur le terrain, ses collègues - un peu décontenancés face à la maturité, le cursus et la motivation de cette femme - apprennent à la connaître."Il ne faut pas arriver innocente dans ce genre de métiers, mais savoir s'affirmer, rester humble tout en se montrant deux fois meilleure que les autres."

À 40 ans, Mathilde obtient son CAP avec 17 de moyenne ! Mais elle doit encore argumenter auprès de son employeur pour trouver sa place dans l'entreprise, non pas à la boutique, mais à l'atelier ou sur les chantiers. En vain. Elle négocie finalement son départ. Mathilde n'a pas l'intention d'abandonner. "J'adore travailler le métal, matière de contrastes, dure à froid et liquide à chaud. Je sais marier l'esthétique à la technique, en me sentant non pas artiste mais artisane". Elle vient d'entamer un stage de création d'entreprise et se verrait bien travailler pour des designers.

Pour plus d'informations

• Détails des métiers du bâtiment, coordonnées de votre fédération départementale, informations générales sur la féminisation du secteur :www.ffbatiment.fr
• Votre déléguée départementale aux Droits des femmes, téléphonez à votre préfecture ou allez sur
http://www.femmes-egalite.gouv.fr
• Vous pouvez toujours consulter www.afpa.fr et www.anpe.fr
• Une autre piste : http://www.retravailler.org/reseau/


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